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Retour en arrière pour les rythmes scolaires

rythmes scolaires or 300x300En réponse à une promesse phare du nouveau président Emmanuel MACRON et trois ans à peine après une mise en place souvent laborieuse de la réforme des rythmes scolaires, un nouveau décret relatif aux dérogations à l'organisation de la semaine scolaire dans les écoles maternelles et élémentaires publiques vient d'être publié le 27 juin dernier.

Le nouveau texte autorise la semaine de 4 jours de classe avec un maximum de 6 heures de classe par jour, sans augmentation du temps scolaire sur l'année ou la semaine. Le texte prévoit que la demande soit déposée par la commune et un ou plusieurs conseils d'école. Les maires et présidents d'EPCI n'auront donc pas toute liberté de décision puisque les dérogations sont soumises à l'autorisation du Dasen (Directeur Académique des Services de l'Éducation Nationale) qui pourra appliquer à toutes les écoles d'une commune ou d'un EPCI ces nouveaux rythmes s'ils sont adoptés par la majorité des conseils d'école.

Autrement dit, la possibilité offerte d'un retour aux dispositions de 2008 mises en place par Xavier DARCOS, sans que cela soit justifié par les particularités du projet éducatif territorial, remet en cause les chantiers ouverts et déconstruit le travail et l'investissement colossal qu'a impliqué la précédente réforme pour tous les acteurs locaux et nationaux impliqués sur les questions éducatives.

Parallèlement, aucun engagement absolu sur une pérennisation du fonds de soutien à toutes les communes qui veulent conserver une organisation sur 9 demi-journées n'est venue des représentants de l'État ni dans d'autres instances.

Pour les communes et EPCI qui choisissent de revenir à la semaine de 4 jours, ira-t-on vers une coupure brutale de la dotation ou vers une sortie progressive ? En tout état de cause, un tel dispositif supposerait un nouveau décret, puisque le décret du 17 août 2015, qui pérennisait le fonds de soutien, ne mentionne que les écoles organisées sur 4,5 jours.

Retour en arrière, détricotage sans évaluation préalable et sans concertation avec la communauté éducative, cette révision brutale des rythmes scolaires implique pourtant :

  • une remise en cause des conditions d'accueil des enfants,
  • une reconcentration des heures de classe sur un trop petit nombre de jours,
  • une réintensification du travail des élèves comme des personnels,
  • une dégradation des conditions d'apprentissage ,
  • un changement des conditions d'exercices des ATSEM, agents péri et extra-scolaires,
  • une dégradation des conditions d'exercice des enseignants,
  • des risque d'inégalités et de concurrence entre les territoires,
  • des risques de pertes d'emplois,
  • une désorganisation de la mise en oeuvre de projets pédagogiques,
  • une réorganisation de travail des parents.

Le plus inquiétant reste la méthode employée. Si la précédente réforme des rythmes scolaires a souffert de n'être pas assez anticipée, celle-ci souffre déjà du manque flagrant de concertation.

En effet, le décret a été rédigé :

  • malgré l'avis négatif du Conseil Supérieur de l'Education,
  • sans consultation du Conseil Supérieur de la Fonction Publique qui a pourtant publié un rapport sur ce sujet en 2014 affirmant "la nécessité d'une évaluation de l'expérimentation menée ces dernières années, ainsi qu'elle a été prévue par les textes régissant ces nouveaux rythmes scolaires en 2013-2014",
  • malgré le rapport du sénat de juin 2017 sur les projets éducatifs de territoires qui souligne  que la mise en œuvre de la réforme de 2013, adossée au déploiement des PEDT (projet éducatifs territoriaux), a contribué à structurer des politiques éducatives et enfance-jeunesse plus ambitieuses que par le passé,
  • malgré l'avis du Conseil National d'Evaluation des Normes,
  • sans négociation ou entente préalable avec les associations nationales d'élus locaux,
  • malgré l'avis des enseignants pour qui, sur le plan des apprentissages et du climat scolaire, la matinée supplémentaire s'avère profitable aux élèves, en particulier en zone d'éducation prioritaire.

L'absence remarquée de Gérald DARMANIN, Ministre de l'Action et des Comptes Publics,à la première séance quinquennale du CSFPT du 05 juillet dernier est en outre un mauvais signal supplémentaire envoyé aux instances de dialogue et de concertation.

En 10 ans, les rythmes scolaires ont été modifiés 3 fois : passage à quatre jours en 2008, retour à quatre jours et demi en 2013 puis retour à quatre jours dans certaines communes à la rentrée 2017. En agissant dans la précipitation, on ne laisse aucune chance à une réforme de réussir. Une telle réorganisation risque donc de brusquer à nouveau tous les acteurs de la communauté éducative dont on fait pourtant bien peu de cas.

Une fois de plus la boîte de Pandore des demandes contraires à l'intérêt de l'enfant est ouverte et, une fois de plus, la communauté éducative et les familles sont mises au pied du mur. Au contraire, pourquoi ne pas prendre le temps d'accompagner encore la réforme introduite en 2013 pour en améliorer la mise en oeuvre ?

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