Attentats Paris nov

Populisme : comprendre, répondre et construire

Entretiens belleville

 

« POPULISME », « POPULISTE » : CE QUI SE CACHE DERRIÈRE CES TERMES RESSASSÉS PAR LES MÉDIAS. DANS LE CONTEXTE DE L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE, LA CFDT DÉCRYPTE ET LIVRE SON ANALYSE.

 

Notre pays est confronté à une conjonction de crises et de menaces. Nos valeurs et nos modes de vie sont la cible de tous les extrémismes. La crise économique et sociale n'est pas terminée et continue à fragiliser individus et territoires. Notre société connaît également une crise de la démocratie sans précédent dont les premiers symptômes sont la défiance envers les institutions et les représentants politiques. Certains et certaines n'hésitent pas à jouer sur les peurs des citoyens, à attiser les haines, opposant les Français aux étrangers, opposant ceux qui travaillent à ceux qui ne travaillent pas, sapant ainsi les fondements de notre modèle républicain.

Pour la CFDT, ceci n'est pas une fatalité ! C'est pourquoi, en amont de l'élection présidentielle, la Confédération a décidé de lancer un cycle de réflexions et de débats sur le sujet. Ce sont « Les Entretiens de Belleville ». Ces échanges doivent permettre à nos adhérents et à nos militants de mieux comprendre le phénomène populiste qui se développe en France, mais aussi en Europe et dans le monde. Cet argumentaire est un outil pour définir ce qu'est le « populisme », pour mieux le comprendre, y répondre et construire une société plus juste et plus résiliente.

 

QU'EST-CE QUE LE POPULISME ? LES CARACTÉRISTIQUES D'UN DISCOURS POPULISTE

 

« Populisme », ou « populiste », sont des termes actuellement très utilisés, mais jamais définis, par les médias pour désigner, sans distinction, un homme ou une femme politique, un type de discours ou de rhétorique politique. Cet abus de langage dénature et sous-estime les dangers réels que le populisme et les populistes représentent pour notre démocratie. Le discours populiste se construit autour de l'idée d'un « vrai peuple », d'une restriction de la démocratie à la démocratie directe et d'une vision dénaturée de la justice sociale.

LA RÉFÉRENCE À UN « VRAI PEUPLE »

Le populisme oppose un « peuple », qui serait homogène, aux « autres », qui représenteraient une menace pour l'unité et le devenir de la nation. On retrouve ces « autres » sous différents vocables : les syndicats, les juges, l'opposition, les corps intermédiaires, les médias, les associations, les intellectuels... Il convient de noter que ces « autres », qualifiés régulièrement de « minorités », représentent en fait la majorité de la population. Le pouvoir de la majorité n'est justement « que » le pouvoir de la majorité, à un instant « t » défini dans le temps par un calendrier électoral précis ET par la loi (élections présidentielles tous les 5 ans). La majorité électorale, si elle est référée au nombre d'abstentionnistes et de personnes qui n'ont pas le droit de vote, ne représente pas la majorité de la société. Par exemple, Poutine considère que les médias d'opposition sont les représentants d'intérêts particuliers, alors que lui, en tant que président élu, représente l'intérêt général. Dans son discours, réduire la liberté de la presse ne signifie pas brimer des droits individuels, mais brimer des gens qui essayent de rentrer en force dans le débat public pour développer des intérêts particuliers contre l'intérêt général dont il prétend être le garant.

UNE VISION RESTRICTIVE DE LA DÉMOCRATIE

Pour les populistes, le pouvoir ne peut être incarné que par un « leader » charismatique qui serait l'émanation et la représentation du peuple. Celui-ci, élu par le peuple (réduit à une majorité électorale, voire une majorité imaginaire), n'aurait de compte à rendre qu'au peuple. Le populisme développe une vision de la démocratie à l'opposé de la démocratie européenne actuelle, puisque celle-ci repose sur la démultiplication des formes de représentations, des sources de légitimité et des contrepouvoirs : séparation des pouvoirs, indépendance de la justice, liberté de la presse, reconnaissance des corps intermédiaires et de la société civile, contrôle de la constitutionnalité des lois, etc.

LA RÉDUCTION DE LA DÉMOCRATIE À LA DÉMOCRATIE ÉLECTORALE DIRECTE

Les populistes invoquent l'élection du dirigeant ou le référendum comme les seuls instruments d'expression populaire. Toutes les autres formes de démocraties (démocratie représentative, démocratie sociale) sont considérées comme l'expression de minorités (institutions, syndicats, magistrats, associations) qui sont extérieures au peuple et remettent donc en cause sa volonté.

L'ÉLIMINATION DES CONTREPOUVOIRS

Tous les populistes ont fait de la remise en cause des autorités indépendantes ou des Cours constitutionnelles un standard de leur discours et de leur action. Ils sont aussi hostiles à la liberté de la presse, à la liberté syndicale, à l'expression de la société civile et plus généralement à tout ce qui donne une vision pluraliste de la société et de son expression, et qui contredit leur vision d'un peuple homogène et uni. C'est le cas, par exemple, en Turquie, d'Erdogan qui licencie des milliers de juges et procureurs, ou du chef de l'État polonais qui fait ouvrir une enquête à l'encontre de l'ancien président du Tribunal constitutionnel et qui tente de reprendre la main sur l'institution.

UNE VISION DÉNATURÉE DE LA JUSTICE SOCIALE

Les populistes réduisent la justice sociale à un principe d'identité ou d'appartenance à un groupe, mais en aucun cas à une recherche d'égalité par la redistribution. Cette vision rejette ceux qui ne sont pas à l'intérieur de cette identité. C'est le discours opposant les « français de souche » ou les « vrais américains » aux « autres » ou aux immigrés. De cette vision identitaire découle bien évidemment le thème de la « préférence nationale » qui survalorise la « préférence » accordée aux nationaux pour dissimuler l'absence de tout vrai programme de redistribution, même entre les seuls nationaux.

 

LE DANGER DES RÉGIMES POPULISTES / QUE SE PASSE-T-IL UNE FOIS QU'UN PARTI POPULISTE EST AU POUVOIR ?

 

LA CHASSE AUX SYNDICATS ET À L'ENSEMBLE DES CORPS INTERMÉDIAIRES

On constate que les différents régimes populistes, actuels ou antérieurs, ont glissé au fil du temps vers l'autoritarisme (Poutine en Russie, Orban en Hongrie...). Très rapidement après leur accession au pouvoir, les élu(e)s populistes passent d'une rhétorique populiste à un régime autoritaire. La confrontation avec les réalités sociales ou économiques du pays et la volonté de réduire toute forme de contestation – considérée de nature illégitime – entrainent quasi immédiatement des mesures « punitives » ou de « rétorsions » envers ceux qui dénoncent le pouvoir populiste, ou qui ont simplement une opinion différente. Nous constatons, par exemple, en France, aujourd'hui même, que certaines associations d'éducation populaire ou certains syndicats se voient couper leur subvention ou retirer leur local sous prétexte que leur objet ne répond pas aux mêmes motivations que ceux qui apportent les financements. La volonté des populistes de museler la société civile n'est pas acceptable parce qu'elle tue la participation des citoyens. Il n'y a pas de démocratie sans société civile, qui porte, comme les politiques, une expression de la volonté générale. Nous remarquons aussi une réelle volonté de contrôle des corps intermédiaires par les populistes. Ainsi, en France, le Front national mène une vraie stratégie d'entrisme dans les syndicats et les associations pour y imposer ses pratiques et ses objectifs.

UN PROCESSUS DÉJÀ BIEN ENTAMÉ EN TURQUIE En Turquie, la presse et la société civile ont été attaqué par le pouvoir. Des journalistes, des syndicalistes, des enseignants, des juges... ont été emprisonnés et/ou licenciés, des journaux et des chaines de radios et de télévisions fermées. La tenue d'un référendum le 16 avril 2017 sur la réforme constitutionnelle renforçant les pouvoirs du président est une menace supplémentaire pour la démocratie...

REPLI SUR SOI ET PROTECTIONNISME EXACERBÉ

En Europe, les populistes dénoncent l'ouverture des frontières, la libre circulation des biens et des personnes, autant d'éléments qui, pour eux, viennent mettre à mal la « cohésion nationale » et risquent de mettre à mal « l'identité » du groupe. C'est le discours du retour au franc du Front national, c'est le discours anti-Union européenne lors du référendum en Grande-Bretagne qui a conduit au Brexit, c'est le discours de Donald Trump avec ses menaces répétées aux constructeurs automobiles américains qui ne fabriqueraient pas du « made in USA ». Ce protectionnisme sert une rhétorique politique sans tenir compte de ses conséquences économiques potentiellement catastrophiques.

LE POUVOIR EST D'AUTANT MOINS DANGEREUX QU'IL EST PARTAGÉ Les contrepouvoirs représentent la volonté du peuple. Ils sont la volonté d'une représentation plurielle de la société. La démocratie, c'est à la fois le pouvoir de la majorité et le pouvoir de chacun. Et le pouvoir de chacun, c'est la capacité de se faire représenter et défendre par un syndicat, une autorité indépendante, une justice libre. Le pouvoir de tous, c'est le pouvoir majoritaire, celui exprimé lors des élections.

 

LA RÉPONSE DE LA CFDT AUX POPULISTES

 

Grâce au projet qu'elle porte, la CFDT, avec d'autres, démontent point par point les solutions prônées par les populistes notamment dans le monde du travail. Le discours du Front national est protestataire, ses propositions sont démagogiques et porteuses de violence. Notre action, elle, est ancrée dans la réalité et produit des résultats que nous devons à l'action collective et à des propositions élaborées à partir des attentes concrètes des salariés. La CFDT a obtenu de nombreux acquis pour les salariés et se bat pour l'effectivité des droits pour chaque individu. En rappelant les acquis de ces dernières années (droits rechargeables, Compte personnel de prévention de la pénibilité, Compt personnel de formation, complémentaire santé pour tous...), la CFDT peut combattre le discours défaitiste et régressif du FN qui ne fait que promettre et qui critique l'action syndicale et sa légitimité. La CFDT propose dans ses statuts une société dans laquelle le dialogue et la négociation permettent d'avancer en refusant les antagonismes et en s'appuyant sur des valeurs de respect, d'égalité, de solidarité à partir de l'émancipation des salariés.

ARTICLE 1 DES STATUTS CONFÉDÉRAUX : L'ACTION DE LA CONFÉDÉRATION EST PORTEUSE DE VALEURS L'émancipation individuelle et collective : reconnaissant à chacun la capacité à se prendre en charge et à agir ensemble ; La solidarité entre les travailleurs : entre salariés et demandeurs d'emplois, entre les générations et plus largement entre les peuples ; L'égalité : lutte contre toutes les formes d'exclusion, de discrimination, de sexisme, de racisme et de xénophobie ; La démocratie : les femmes et les hommes doivent avoir prise sur leur vie, du lieu de travail à la gouvernance mondiale.

Nos valeurs sont issues du monde du travail et sont aux antipodes de celles du Front national. L'égalité que nous prônons est incompatible avec la priorité ou la préférence nationale. Les propositions du Front national sur la famille constituent une menace et un bond en arrière pour le droit des femmes. La laïcité que nous défendons est incompatible avec celle affichée par Marine Le Pen qui est un déguisement pour cacher son islamophobie et son racisme. Notre conception de la laïcité tend à respecter les libertés de tous et préserver le « vivre ensemble ». Notre vision de l'Europe et de son rôle dans le monde sont inconciliables avec le nationalisme exacerbé du FN qui s'inspire de Vladimir Poutine et de Donald Trump.

 

Pour aller plus loin : 

 

[VIDÉO] LES ENTRETIENS DE BELLEVILLE : "LE MOMENT POPULISTE EST DEVANT NOUS" 

[VIDEO] TOTALITE DES ENTRETIENS DE BELLEVILLE

VRAI FAUX - LES MENSONGES DU FRONT NATIONAL

ARGUMENTAIRE - LE FN, UN PARTI COMME UN AUTRE ?

ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE : DES CITOYENS ET SYNDICALISTES LIBRES ET ENGAGÉS

Lire la vidéo des entretiens de belleville...

 

 

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