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Crise grecque et enjeux européens

info rapide CFDTInfo rapide N° 39 du 3 juillet 2015


Après la rupture des négociations entre le gouvernement grec et ses créanciers, dont les autres Etats membres de l'UE, et l'annonce par la Grèce de la tenue d'un referendum le 5 juillet et de la fermeture de ses banques jusqu'aux résultats, les débats sur une possible sortie de la Grèce de l'euro sont, malheureusement, à nouveau à la Une.

Une dette insoutenable, des réponses inadéquates


La Grèce, qui a demandé au FMI de regrouper ses échéances pour un règlement unique le 30 juin, devait rembourser 1,6 milliard d'euros à cette échéance. Les négociations en cours portaient sur les réformes que les créanciers demandent à la Grèce, pour le versement de la deuxième tranche de prêts internationaux de 7,2 milliards d'euros initialement prévue pour septembre 2014.

Ses caisses étant vides, Athènes devait impérativement avoir cette aide pour rembourser à l'échéance du 30 juin.
La dette grecque s'élève à plus de 315 milliards d'euros1 soit 175% du PIB grec. Un PIB qui est passé de plus de 237 milliards d'euros en 2009 à 179 milliards d'euros en 2014. Cette baisse de 25% du PIB est une conséquence des plans d'austérité imposés par la Troïka2, en contrepartie des plans d'aide, qui ont entravé la reprise d'une économie tirée par la consommation intérieure.

Les deux plans d'aide ont changé la structure de la dette grecque, notamment en la transférant du
privé au public :

  • Deux prêts de 110 et de 130 milliards d'euros du FMI et des Etats de la zone euro,
  • Rachat des titres de dette grecque par la BCE,
  • Annulation de 107 milliards d'euros de dettes auprès des créanciers privés,
  • Recapitalisation des banques grecques...

(1 Chiffres Eurostat.)
(2 Commission européenne (CE), Banque centrale européenne et Fonds monétaire international (FMI) se coordonnent sur les demandes qu'ils formulent en contrepartie des aides qu'ils accordent. Sous cette action conjointe, ils ont été surnommés « Troïka »)

Pour autant, ces aides n'ont pas aidé la Grèce à sortir du marasme compte tenu des plans d'austérité qui les ont accompagnées. Pire, la chute du PIB a provoqué l'explosion du ratio dette/PIB au niveau insoutenable de 175%, alors que les prévisions de la Troïka étaient de le ramener à 153%.


Une situation sociale grave


La CFDT, notamment avec la Confédération européenne des syndicats, a maintes fois dénoncé les politiques d'austérité imposées depuis plusieurs années à la Grèce. Celles-ci ont amené une profonde crise sociale et humanitaire.

Ces politiques ont détérioré la situation économique et sociale. Le pays connaît un taux de chômage de 25,7%. Il est de 50% pour les jeunes de moins de 25 ans. Désormais, un quart de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, la pire moyenne dans l'Union européenne.

Pour répondre aux exigences de la Troïka, les gouvernements successifs ont dû diminuer les salaires d'un tiers, dans la fonction publique et le secteur privé. Le revenu des ménages a chuté de 35%. Le nombre de fonctionnaires a été réduit d'un tiers entre 2009 et 2014. Un quart des entreprises grecques a dû fermer.

Arrivé au pouvoir après les élections législatives de janvier 2015, Alexis Tsipras a souhaité une réduction de la dette afin d'augmenter l'investissement public notamment pour relancer l'économie par la demande intérieure. Certains des engagements de campagne de SYRIZA de mettre fin à l'austérité, comme la réduction voire la suppression de certains impôts et l'arrêt de la réforme des retraites, se sont heurtés à la réalité des rapports de force avec les créanciers de la Grèce.

Pour y parvenir le Gouvernement grec avait besoin de renégocier avec les autres Etats membres une remise sur le remboursement de la dette, afin d'abaisser le niveau du remboursement de 5% à 2% du PIB sur dix ans. D'où la difficulté de trouver un accord dans les négociations en cours. 


Solidarité avec les citoyens et travailleurs grecs.


Avant que les négociations se retrouvent dans l'impasse actuelle, la CES a appelé les parties prenantes à prendre des décisions fondées sur les intérêts des travailleurs et des citoyens en Europe qui seraient les premières victimes si la Grèce venait à faire défaut ou à sortir de la zone Euro. La CFDT s'est inscrite dans cet appel et a exprimé, avec les organisations syndicales européennes affiliées à la CES, sa solidarité avec les organisations grecques GSEE et ADEDY et l'ensemble des salariés et citoyens grecs.

Pour la CFDT, il faut trouver un compromis qui permette à la Grèce de rester dans la zone euro tout en mettant en place les réformes qui lui permettent de préparer l'avenir : réduire son déficit, reconstruire sa croissance potentielle notamment par l'investissement, réduire les inégalités et soutenir la demande. Alors que certaines des préconisations de la Troïka (hausse de la TVA, réforme drastique des retraites...) mettent à mal l'économie.

Comme l'a exprimé le Président de la Commission européenne, l'Union européenne se dirige aujourd'hui vers une « terre inconnue ». Pour la CES, c'est une destination dangereuse pour l'Euro, pour l'économie de l'Union européenne et pour la Grèce. La monnaie unique y perdrait en crédibilité et la reprise économique, déjà timide, serait mise à mal.


Et maintenant ?


Le Gouvernement grec a décidé d'un referendum le 5 juillet, espérant pouvoir peser plus dans les négociations en cours, tout en affirmant la volonté de rester dans la zone euro.

Quelle qu'en soit l'issue, pour la CFDT il faut que le dialogue aboutisse à une solution ne mettant pas en péril l'avenir de la construction européenne. Il doit être mis fin au jeu de dupes entre les partenaires européens :

  • La Grèce doit mettre en place des réformes ;
  • Les créanciers de la Grèce doivent cesser leur approche dogmatique sur les réformes demandées, et accepter un nouveau rééchelonnement de la dette ;
  • La Commission doit jouer son rôle de garant de l'intérêt général et veiller à que l'aide apportée à la Grèce contribue effectivement à la relance de son économie et à assurer l'avenir de ses citoyens.

Pour la CFDT, l'Union européenne doit tirer les conclusions de cette crise pour :

  • Repenser la gouvernance de la zone euro pour la rendre plus démocratique, notamment en y associant davantage le Parlement européen ;
  • Renforcer l'intégration européenne, notamment pour la zone Euro en la dotant d'une capacité budgétaire ;
  • Favoriser le dialogue social dans la conduite des réformes ;
  • Développer des actions qui donnent une visibilité à l'Europe dans le domaine social et d'amélioration des conditions de vie pour que les salariés et les citoyens s'approprient le projet européen.

La situation reste incertaine et évolue très rapidement. La tenue probable d'un referendum le 5 juillet et les conséquences de son issue seront décisifs.
La CFDT restera vigilante et déterminée à peser dans le débat public à la fois en France avec la société civile pro-européenne (cf. tribune commune exigeant une direction politique en Europe http://www.huffingtonpost.fr/jean-marie-cavada/suite-au-gachis-grec-nous-voulons-une-directionpolitique-
de-leurope_b_7712842.html) et en Europe avec ses homologues européens et la Confédération européenne des syndicats.


Tribune commune


Suite au gâchis grec, nous voulons une direction politique de l'Europe


C'est un immense gâchis. L'Europe laisse la Grèce partir dans un cataclysme dont nous ne connaissons pas encore les conséquences. Ni pour ce pays, ni pour le reste de l'Union européenne. Comment avons-nous pu en arriver là ?

Depuis plusieurs années, la crise grecque rythme notre actualité alors que ce pays ne représente que 2% de la population européenne. Notre incapacité à trouver des solutions européennes à cette crise est ainsi prouvée. Il est difficile de connaître les réelles responsabilités de chacun car du fait des négociations intergouvernementales entre Européens, l'opacité est totale sur le contenu des discussions. Les seules informations sur ces négociations nous viennent des conférences de presse et des communiqués communs à la sortie de chaque Conseil ou Eurogroupe.

Ce qui est clair en revanche, c'est la montée depuis plusieurs années dans l'Union européenne des oppositions entre les pays et des égoïsmes nationaux. Nous ne devrions pourtant pas avoir à choisir entre défendre l'intérêt des citoyens grecs et celui du reste des citoyens de l'Union. Aider les Grecs, cela passe par sauver leur avenir dans la zone euro.

Au-delà, il est temps de demander une véritable gouvernance politique de la zone euro.

La gouvernance actuelle a montré ses limites, il faut en tirer les conséquences. La monnaie unique est un formidable atout pour notre continent. Nos pays n'ont plus à faire face aux pressions des marchés mondiaux de manière isolée. La France n'a plus pour seule ligne économique la lutte contre l'inflation comme dans les années 80. Cela aurait dû nous mettre en position de force pour sortir rapidement de cette crise économique. Malheureusement, nos dirigeants nationaux sont en incapacité de prendre des décisions fortes pour nous sortir de cette crise. Cela nous pousse à demander un changement de gouvernance.

Nous demandons également qu'il y ait désormais un contrôle parlementaire européen de la zone euro. Que cela soit l'action de la Commission au sein de la Troïka en Grèce ou les décisions prises à la sortie des Eurogroupes, jamais cela n'a été défendu et expliqué devant les représentants directs des citoyens européens. Un contrôle parlementaire n'est pas une fin en soi mais un moyen d'apporter de la lumière aux négociations menées derrière des portes closes.

Il nous faut aussi dire que cette manière de faire l'Europe a désormais vécu. L'Union européenne reste aujourd'hui la construction politique la plus extraordinaire dans son développement démocratique et économique. Force est de constater que cette aventure incroyable n'est plus comprise par les citoyens.

Les forces populistes et anti-européennes proposent une vision différente de l'Europe. Une vision destructrice, mais elles sont les seules à exprimer une autre offre politique sur l'Europe, tandis que nous pro-européens restons frileux sur le futur politique de notre continent. Depuis trente ans, les populistes montent partout tandis que les forces pro-européennes décroissent.

Aux pro-Européens de proposer une véritable perspective, un nouveau projet pour l'Europe, avec une meilleure gouvernance politique de la zone euro comme un premier pas vers une véritable Europe politique.


Signataires chez les eurodéputés:
Jean-Marie Cavada, ALDE
Karima Delli, EELV - Les Verts
Marielle De Sarnez, Modem - ALDE
Sylvie Goulard, Modem - ALDE
Yannick Jadot, EELV - Les Verts
Gilles Pargneaux, Parti Socialiste - S&D
Michèle Rivasi, EELV - Les Verts
Robert Rochefort, Modem - ALDE
Virginie Rozière, Radicaux de Gauche - S&D


Dans la société civile:
Benjamin Abtan, Président du Mouvement antiraciste européen - EGAM
Yves Bertoncini, directeur de l'Institut Jacques Delors
Maurice Braud, président de l'Association Jean Monnet
Fabien Cazenave, porte-parole de l'UEF-France
Jessica Chamba, ancienne vice-présidente du MEI
Fabien Chevalier, président de Sauvons l'Europe
Yves Clément, président du Mouvement Européen-Loiret
Chloé Fabre, présidente des Jeunes Européens - France
Aude Faravelli, Les Cabris de l'Europe - 27etc.eu
Dominique Gambier, Maire de Deville les Rouen
Philippe Jurgensen, président exécutif de LECE-France
Guillaume Klossa, auteur, membre fondateur du New Pact for Europe, fondateur d'Europanova
Roselyne Lefrançois, ancienne eurodéputée, bureau du Mouvement européen International (MEI)
Martine Méheut, vice-présidente du Mouvement Européen - France
Hervé Moritz, rédacteur en chef du Taurillon.org
Cindy Pétrieux, présidente de la Fabrique, le réseau des étudiants
François-Xavier Priollaud, secrétaire national de l'UDI en charge de la construction européenne
Jacques Rabier, ancien directeur de cabinet de Jean Monnet
Yvan Ricordeau, secrétaire national à la CFDT, responsable de la politique internationale et
européenne
Dominika Rutkowska-Falorni, déléguée générale du Mouvement européen France

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